PARTIE 3 : Club, éducateur, comportementaliste…en groupe, seul… que choisir pour l’éducation de nos chiens?

 

Nous voilà arrivés à la troisième et dernière partie de mon article sur les effets des activités et matériaux que nous proposons à nos chiens.

Pour rappel, la partie 1 portait sur le matériel éducatif et ses effets directs ou indirects sur nos amis. 

La partie 2 traitait de la façon dont il est utile de récompenser et réprimander un chien pour un apprentissage efficace.

Maintenant, j’aimerais aborder le dernier plan qui m’intéresse quand je fais un bilan comportemental qui m’aide à déceler l’origine des problèmes comportementaux du chien. Je m’intéresse donc au passif éducatif du binôme.

chien qui apprend

Les courants de pensée en éducation canine

Il est extrêmement important pour comprendre ce qu’a vécu le chien, dans quelles conditions, les motivations du propriétaire, le courant de pensée éducatif par lequel le chien est passé…

Il existe 3 principaux courants de pensée selon moi :

Le coercitif sur nos chiens

La méthode coercitive/traditionnelle est obsolète, malheureusement elle a la peau dure et certaines personnes/ certains professionnels la pratique.

Le principe, les comportements que l’humain adopte et les outils utilisés n’ont aucun sens pour le chien. Pour les adeptes de cette méthode, tout part du principe que la hiérarchie entre les chiens et entre l’homme et le chien existe et DOIT être respectée. Ainsi, l’alpha (l’humain) doit soumettre les autres membres de sa « meute » (les chiens). Dominance et soumission sont au cœur de tous les apprentissages du chien.  Or, il a été prouvé depuis longtemps que la hiérarchie au sein d’un groupe de chien n’existe pas, elle n’existe même pas chez les loups. Ces derniers protègent les plus faibles (vieux et jeunes) et ce sont les plus forts qui mangent en dernier et ferment la marche lors de déplacements. Tout est parti de l’observation d’un groupe de loups artificiellement composé au sein d’un zoo. Or, les loups forment des meutes en famille et ont assez de nourriture pour ne pas avoir les comportements observés lors de cette étude obsolète. Même les vétérinaires ont désormais des cours lors de leurs études pour démontrer que la hiérarchie est un concept inventé de toutes pièces.

L’homme n’a pas non plus à dominer le chien puisque le chien ne cherche pas à le dominer! De toute façon, il est déjà son être de référence qui le sécurise, lui apporte l’amour et la nourriture. S’ajoute à cela le plaisir des balades et diverses activités. Pourquoi chercherait-il à nous être supérieur? Si le chien ne répond pas à un ordre donné, c’est qu’il n’a simplement pas compris ou que cela va contre sa nature (ex : marcher au pied).

méthode coercitive

Attraper un chien par le cou est un signe de mise à mort

 

Ce que l’on fait au chien via cette méthode : le brider, le contraindre, l’inhiber, le casser mentalement, lui enlever toute volonté propre, LE FAIRE SOUFFRIR. L’étrangler, l’électrocuter, le frapper, le saccader, le retourner, lui hurler dessus… à quoi bon à part engendrer un chien malade d’angoisse, agressif (en réponse à l’agression qu’il subit)…? Le chien va s’exécuter sans comprendre l’apprentissage pour mettre fin à ce calvaire.

Si on vous parlait chinois en vous tapant pour que vous compreniez, cela n’aiderait en rien. Il faut sortir de ce cercle vicieux de la colère et de la violence car elles n’engendrent que de l’agressivité ou de l’inhibition en retour.

D’autre part, comme nous l’avons déjà vu,  le chien marche par association, il faut donc se méfier de ce que votre chien apprend réellement avec ces méthodes barbares. Si le chien reçoit des coups dès qu’il croise un autre chien, il va assimiler qu’un autre chien lui apporte de la douleur. Il sera donc soit apeuré soit agressif face aux autres chiens.

Les dégâts physiques et psychologiques de ces méthodes ne sont plus à prouver, la relation homme/chien est évidemment impactée, la confiance est brisée. Enfin, contraindre un chien constitue un risque qu’il devienne agressif.

 

Le positif pour nos chiens

La méthode positive permet au chien de systématiquement faire « bien » les choses qui lui sont demandées. Il apprend avec un sentiment positif, sans crainte ni obligation. On respecte le chien, sa volonté et on va à son rythme. Il s’agit d’une philosophie de cohabitation avec le chien. On cherche alors à comprendre son chien et les émotions qu’il ressent pour lui apprendre des choses en harmonie avec ces dernières.

J’aime cette méthode pour sa philosophie, prendre en compte que le chien est un être vivant doué de sensibilité et de sa volonté propre. Cela peut paraître permissif mais c’est en fait une façon de voir l’éducation dans le respect et la compréhension mutuelle.

Pour les adeptes inconditionnels de la méthode positive, la punition n’existe pas ou que très peu. Or, la frustration et la réprimande font partie intégrante de la vie que nous menons. Nos chiens doivent donc en faire l’expérience et bien le vivre. Mais quand je parle de punition/réprimande/frustration, il ne s’agit pas de torture, juste de ne pas donner au chien ce qu’il désire quand il le veut.

Ce qui me dérange avec l’approche positive c’est le principe de travailler avec des friandises. Le chien reçoit une friandise en échange de l’exécution d’un ordre de notre part. Si on observe bien, le chien va d’ailleurs se fixer sur notre main et être dans l’attente de la récompense. Il peut s’exciter et se mettre à exécuter tous les ordres qu’il connait pour avoir la friandise. On appuie donc sur un point sensible, très excitant et qui empêche la réflexion du chien. Dans l’excitation engendrée par l’attente de la friandise, il en oublie de penser.

Cela peut même devenir dangereux, par exemple si je rappelle mon chien et qu’il fonce vers moi alors qu’un vélo arrive à toute vitesse, il ne le verra sans doute pas tant il sera pressé de me rejoindre pour obtenir son du! Nous devenons un distributeur géant de nourriture pour notre chien et même si à terme on retire la nourriture, on a travaillé sur un besoin physiologique (l’alimentation) et non sur un besoin d’estime ou de s’accomplir au sein du binôme, en créant un lien fort entre l’humain et le chien.

De plus, si nous n’avons pas de friandise, nous perdons de l’attrait aux yeux de notre chien. Cela représente un obstacle qui fait que je n’utilise jamais de nourriture dans l’éducation/la rééducation d’un chien.

Pyramide de Maslow

 

La méthode systémique pour comprendre le chien

Ceci est ma méthode de travail, il s’agit de la prise en compte d’absolument tous les éléments de la vie de votre chien à savoir : vous, vos horaires, ses sorties, ses congénères, ses activités, son lieu de vie, etc. Aucun détail n’est à laisser de côté.

Tout est à prendre en compte pour comprendre un comportement et y apporter une réponse entièrement personnalisée et donc adaptée. Un chien qui aboie par exemple, ne le fait pas toujours pour les mêmes raisons. Il est important de trouver l’origine du problème pour pouvoir le résoudre. L’origine peut être multiple, il faut agir sur divers détails pour que le comportement soit modifié. On n’isole aucun élément et on connecte toutes les informations afin que les apprentissages soient cohérents lors des séances pratiques. Ceci se fait lors d’un bilan comportemental à votre domicile et en présence de toute la famille afin de voir le chien évoluer dans son environnement habituel.

Pour réaliser les apprentissages nécessaires, chaque éducateur a ses méthodes. Les miennes se rapprochent de la méthode positive mais je n’utilise jamais de friandise. Mon objectif est de rétablir un beau lien de confiance et que le chien fasse ce qui lui est demandé pour faire plaisir à son humain.

J’accorde également une importance primordiale à l’observation et donc la lecture du chien. De part sa gestuelle, il nous indique son état émotionnel. Grâce à cela, je propose la méthode d’apprentissage la plus agréable pour le chien.

 

Le passif éducatif du chien

Le club canin et ses activités

Beaucoup de propriétaires de chien vont au club canin près de chez eux et l’intention est tout à fait honorable. Sachez simplement que les instructeurs sont des bénévoles non formés à l’éducation canine.

L’allotage à l’école des chiots

L’école des chiots est un grand classique des clubs canin. Il s’agit de mettre les chiots par tranches d’âge et gabarits ensemble pour les socialiser et les habituer à tout type de de choses (ponts, tunnels, bassines d’eau etc).

Le problème est qu’il s’agit d’allotage, de la mise en contact de chiots du même âge sans adultes régulateurs pour continuer l’éducation de la maman chien. L’éducation du chiot à cet âge consiste en la maîtrise de sa morsure et de son excitation tout en se socialisant. Il faut leur apprendre à se poser et à réfléchir or on leur apprend à s’exciter très fort. Certains vont s’inhiber, d’autres seront de vrais petits caïds qui ne doutent de rien!

C’est une période fondamentale durant laquelle les expériences vécues marqueront la vie entière du chien. Mieux vaut peu de rencontres mais de bonnes rencontres, formatrices. Typiquement, je conseille des rencontres avec des adultes bien codés qui apprendront au chiot à se comporter comme il faut dans sa vie.

L’agility, le flyball, le mordant…

Les clubs proposent de nombreuses activités en parallèle des cours d’éducation. La plupart du temps, ce sont des activités excitantes et qui sont commencées trop jeune.

 

L’éducation des fondamentaux en cours collectif

Quand le chien est devenu assez grand, il passe à la classe supérieure ou en cours d’éducation collectif pour adultes. Il n’a plus le droit d’aller voir les autres chiens alors qu’avant il ne venait que pour ca. Le changement est souvent violent et le chien ne comprend pas.

Pour ma part, on n’apprend pas à un chien à rester immobile ou le rappel au milieu d’autres chiens. Souvent les apprentissages en club sont contextuels, ainsi le chien ne reproduit pas ses acquis en dehors du club. En effet, il ne s’agit pas de la vraie vie. Le chien va vite comprendre ce qu’on attend de lui et qu’il est enfermé et doit obéir au risque d’être réprimandé (parfois fortement). Mais dans la vraie vie, cette pression psychologique et l’enfermement ne sont plus de mise, ainsi il change de comportement.

Attention : si le chien subit des réprimandes quand il veut aller voir ses congénères, il peut développer de l’agressivité par association. Il ne faut pas associer trop de frustration non plus à ces cours. Regardez votre chien quand vous arrivez au cours, il vous montrera s’il est content ou non d’être là. Par exemple, est-il haletant? Est-il agressif avec les autres chiens? Veut-il retourner à la voiture? Ce sont des signes forts d’inconfort!

 

L’éducation en trinôme avec un éducateur

L’éducation en trinôme (vous, votre chien et l’éducateur) permet un accompagnement global sur tous les aspects de la vie du chien.

L’intérêt des séances individuelles c’est évidemment d’avoir des apprentissages sur mesure pour son chien. L’éducateur est là pour proposer les apprentissages les plus adaptés au chien de son client mais aussi à l’humain. Il s’agit de trouver un compromis entre la volonté du client, la faisabilité des demandes et les besoins du chien.

L’éducateur pourra également proposer des balades sociales pour que les chiens se socialisent de la bonne façon. Il mettra alors en présence des chiens aux tempéraments qui se complètent, des chiens qui vont échanger de façon constructive en terme d’apprentissage. Il s’agit alors d’apprentissage social, les chiens apprennent très bien en observant et en reproduisant un comportement. On voit donc l’importance de faire de bonnes rencontres.

L’éducateur sera aussi là pour décrypter les messages du chien auprès de son humain et leur apprendre à réagir face à des situations de la vie de tous les jours. J’ai eu un appel d’un client dont le chiot venait de se faire agresser. Il me demandait comment faire pour que son chien n’ait pas peur des autres chiens. Nous travaillons sur des cas concrets de la vie de tous les jours pour avoir un chien bien dans ses pattes et équilibré mais aussi un humain qui sait comment réagir et aider son chien!

 

gyna cours individuel

 

ATTENTION : si vous voyez un éducateur, regardez votre chien. A-t-il l’air épanoui? Est-il content de voir cette personne? Prend-il plaisir à apprendre? Prenez du recul et n’écoutez pas aveuglément ce que l’éducateur dit. Certains éducateurs n’ont que 2 jours de formation dans le domaine. Si votre éducateur utilise les méthodes traditionnelles : il vous conseille le collier semi-étrangleur, étrangleur, torquatus…, il crie (hurle, grogne) pour donner des ordres, il pratique la saccade (coup violent au collier avec la laisse) pour enseigner la marche « au pied » et le « va à ta place ».

Il va aussi éduquer votre chien à votre place en ne vous laissant pas créer de relation de confiance avec lui. Ainsi, il génère de la peur et inhibe votre chien qui va lui « obéir » alors qu’avec vous cela ne marchera pas (sauf si vous devenez violent). Dans cette idée, il va épuiser votre chien aussi bien physiquement que psychologiquement pour le rendre plus malléable.

Il gardera toujours la possibilité d’action sur votre chien quelle que soit la situation via une laisse, un collier et des outils coercitifs (colliers électriques etc). Il vous sera donc impossible de tester les attitudes de votre chien en totale liberté.

 

Voilà, vous êtes maintenant avertis pour choisir ce qui vous convient le mieux à vous et à votre chien!

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Mylène Genairon © Parlez vous chien, 2017

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